Grève à Tolbiac : les propositions de Nicolas Sarkozy
Grève préventive - La grève éclair qui s’est déroulée à Tolbiac (Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne) entre mercredi 9 mai et jeudi 10 est pour le moins surprenante.
En effet, les étudiants ne contestent pas une énième réforme de l’université, mais ils s’élèvent contre les « promesses électorales du nouveau président de la République », Nicolas Sarkozy. Une sorte de « grève préventive » donc, qui valide l’aphorisme d’Henri Queuille, président du Conseil sous la IVe République : « Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. » Car les étudiants ont bien entendu les propositions du candidat UMP, et ils ne doutent pas qu’elles seront appliquées.
Son projet pour l’université, qualifié de « refonte, et non de réforme », par Claude Goasguen, député de Paris et conseiller de Nicolas Sarkozy sur les questions éducatives, tient en un mot : « autonomie ». De cette mesure-phare découleraient plusieurs bouleversements dans le monde universitaire.
1/ Les moyens financiers seraient intégralement transférés aux universités (actuellement, les frais de personnels et d’immobilier sont à la charge de l’État).
2/ Les présidents d’universités auraient donc la possibilité de recruter eux-mêmes leurs enseignants-chercheurs, de moduler leurs rémunérations et leurs charges d’enseignement (le statut de fonctionnaire des enseignants-chercheurs empêche cette pratique pour l’instant).
3/ Ainsi, les universités auraient toute liberté de diversifier leurs sources de financement, faisant entrer de facto les entreprises dans le giron universitaire.
L’impossible réforme ? Une petite révolution en perspective, donc, dans le délicat monde de l’enseignement supérieur. Une gageure à appliquer, en revanche, tant les inquiétudes, parmi les étudiants et les professeurs, sont nombreuses. L’Unef, principal syndicat étudiant politiquement à gauche, joint par téléphone, dénonce une « privatisation de l’université » et affirme que « la sélection à l’université, comme la hausse des droits de scolarité, irait à l’encontre d’un objectif de démocratisation effective ». À l’Uni, le syndicat de la « droite universitaire », Alexandre Hascoët, délégué national adjoint en charge de l’Île-de-France, rétorque que l’on se « voile la face : il existe déjà des différences de niveau entre les universités dans lesquelles règne une sélection hypocrite : l’échec ». Les deux syndicats sont toutefois d’accord pour condamner la grève de Tolbiac. L’Unef juge même ce mouvement « antiproductif » et préconise d’« attendre de voir quelles seront les réformes engagées avant de réagir ».
Seulement voilà, depuis vingt ans, la plupart des ministres de l’Éducation se sont essayés à la réforme de l’université. Et depuis vingt ans, ils reculent devant les manifestants. En 1986, déjà, la proposition de loi Devaquet, dont la teneur était assez proche des évolutions proposées par Nicolas Sarkozy, avait soulevé les étudiants, provoqué la démission du ministre Devaquet et conduit au retrait du projet.
Rentrée difficile - Pendant toute sa campagne, Nicolas Sarkozy et son entourage se sont donc efforcés de minimiser la portée des mesures envisagées. Si le 19 janvier dernier, à Saclay, le candidat déclarait que « les mots orientation et sélection » ne lui faisaient « pas peur », le 4 avril, Claude Goasguen rectifiait le tir lors d’une rencontre organisée par l’AEF (Agence éducation emploi formation) : « Je suis contre la sélection à l’université, car c’est une tradition française de l’enseignement supérieur. » En outre, le programme de Nicolas Sarkozy stipule que le statut d’autonomie ne concernera que les universités « volontaires ». « Il ne faut en aucun cas imposer les réformes, mais les mener en concertation avec les présidents d’université et avec les partenaires sociaux », a défendu Claude Goasguen.
Des garanties qui seront nécessaires, d’autant que le nouveau président veut agir vite : « Avant la fin 2007 », n’a-t-il eu de cesse de répéter pendant la campagne. « On sent bien que la rentrée sera difficile », avoue Claude Goasguen, pragmatique.
Source : Le Point